Lionel DUROY en province (y a une vie après le périph ??)

Lionel DUROY :

On nous a déjà dit que les Éditos au sens académique ne sont pas pour aborder des sujets particuliers. Ben oui, mais j’fais c’que j’veux. Ça agace plein de gens, sauf mes supérieurs. Et les miens sont trop supra cool. Alors aujourd’hui, je me fends d’un édito spécial champagne avant Noël. Où est-ce Troyes ? En Champagne ? Je ne sais plus. Peu importe. Dans la campagne en tout cas, proche de Paris. Un long week-end là-bas, juste pour le plaisir de revenir !

Parcours d’un combattant du siècle.

J’ai chaussé mes après-skis que j’avais troqués contre des escarpins. Je suis parti à la rencontre de l’Éros. J’ai fouillé partout, même entre les vieilles pierres et les colombages. Les maisons penchées ont bien tenté de me séduire, mais elles n’ont contenté ni ma libido, ni mon désir de tête-à-queue. Heureusement, j’avais amené dans mes bagages : Gaieté parisienne de Benoît Duteurtre. Folio N° 3136 ! Plaisant, décontractant et surtout délicieux pour les temps morts.

J’ai dû franchir la porte vitrée d’un café (Le Trianon) situé sur la place du marché pour enfin m’entretenir avec un complice entre une grosse qui parlait fort et un ancien qui buvait sec. Ah ! Les charmes fous d’une bourgade aux yeux de braise… Bourgade au sens élargie, à votre convenance selon votre imagination.

Sur la façade du Trianon donc, le Rainbow flag ! Faut avoir la vue basse pour ne pas le repérer. Les tenanciers, hôtesses de cette nouvelle forme de syndicat d’initiative que l’on trouve dans ces villes où l’ennui risque de vous guetter si vous ne levez pas le nez au moins pour admirer l’architecture, furent admirables. Dégoter le symbole de ralliement comme on cherche un panneau indicateur du (haut ?) lieu repérable. Généralement on le localise sur Internet avant de partir. Ensuite, c’est pain béni. L’informateur dans la place vous indique l’incontournable, le droit chemin (rarement au pluriel).

L’essentiel ici ? Un sauna. Éros situé à 10 minutes à pied du centre-ville, autant dire à une volée de moineaux du bureau du maire. À part ça ? Rien ! Le patron du Berny’s café est bien gentil, mais son établissement doit être fréquenté par des égarés, ou des discrets. Je n’y ai rencontré personne. Je me suis contenté de me signer devant le drapeau arc-en-ciel posé dans un coin.

J’avais noté un night-club à quelques pas de mon hôtel, mais personne ne m’en a formulé du bien. J’ai donc pris la tangente pour me retrouver au Lagon à Reims. Cent bornes pour danser au son d’une bouillie musicale dont il paraît que c’est la meilleure de la région. Soit. Je n’y connais rien. Je m’abstiendrai par conséquent d’en dire plus. Cela dit l’ambiance y était jeune et délurée. Je vieillis. Quatre heures du matin, c’est le maximum.

Quoi d’autre ? Radio Latitude (95,8 FM) diffuse une émission LGBT du nom de Gay graffiti. J’attends toujours qu’ils rappellent le numéro que j’ai laissé sur le répondeur… Heureusement, ce n’était pas urgent. Maintenant, c’est trop tard. Je suis rentré.

À présent, de retour, je suis surexcité. Il a fallu que je choisisse entre tourner en rond ou tourbillonner. Le week-end prochain, je m’enferme !

Lionel DUROI pour Gayvox.com
Son dernier roman : Le Kotoba aux éditions Bonobo

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arminar3Trop marrant Lionel. Dommage que le directeur d’antenne de l’époque ne m’ait jamais donné le message, je me serait fait un plaisir de discuter avec toi. Pas grave, je vais le faire ici …

Oui il existe une vie après le périph. S’y aventurer est déjà très bien de ta part. J’espère que ce jour-là, tu avais endossé ta cote de maille et que tu n’avais surtout pas oublié tes gadjets parisiens (I-Phone, etc..) pour te rassurer en gardant contact avec tes amis du marais… Oui la province n’est pas Paris, et Paris n’est pas le marais… Mais t’en étais-tu déjà aperçu ? J’espère que oui sinon, je mesure le choc que tu as essayé de traduire dans ton petit article paru dans GAYVOX qui, au passage, n’aura pas été lu par plus de 50% des gay de province qui n’ont même pas internet car aucun opérateur n’a encore désservit leur petit hameau. Et que dire de tous ces pédés qui ne vivent pas en province une vie de paillettes/disco-house/happy hour/fashion victime ? Pour beaucoup être gay s’est se battre au quotidien pour trouver un compagnon, une relation suivie qui ne sera passible mais à au moins 80kms de distance l’un de l’autre ….

10Rcp2humblotOui, Troyes n’est pas une ville Gay ! La faute à Qui ?

  • A la municipalité et/ou à la préfecturequi refuse certaines implantation de commerces (bar, dscthèques, etc ) gay ?
  • Aux gay eux-mêmes de province qui ne se battent pas pour créer des lieux gay ?
  • Au gays Parisiens qui pensent qu’au-delà de Paris, point de salut et puis de toute façon on s’en fout de ces pédés pecnauds ?

Crois-moi, la critique est facile, construire est plus difficile… Si la province ne correspond pas à tes attentes, je le conçois très bien car moi-même je me sens mourrir à petit feu ici et dès que je le peux, je prends le train pour, après 1h40 de trajet (Quand même !!) m’clater dans les rues de Paname et enfin embrasser mon compagnon sans risquer un pain dans la gueule… Lionel, quand tu veux pour venir embrasser ton mec, un samedi après midi, au centre de la rue Emile Zola… mais ce jour-là, appelle-moi, j’immortaliserai à jamais cet acte de bravoure par une jolie photo que je publierai(avec ton autorisation) sur les page de Gay Graffiti (le site qui, lui, parle aux gay de province !)

En province et à Troyes, afficher un drapeau gay au-dessus de son bar relève déjà de l’héroïsme ! si, si ! Crois-moi ! Au passage, merci aux propriétaires du Trianon pour oser le faire au-dessus de leur établissement.

Et souviens-toi : en province, la préoccupation première de bon nombre d’entre nous n’est pas de satisfaire une libido contrariée par l’éloignement des hauts lieux de perditions parisiens : des gens se sentent tellement seul avec leur statut de pédé qu’ils en arrive à se suicider !

Je n’ai pas lu ton livre… peut-être le devrais-je ?

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